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jeudi 25 décembre 2025

L'esprit de Noël

Cette nuit, je me suis levé pour aller à la salle de bain. J'ai entendu un bruit à l'étage du bas, je suis donc descendu voir si le chien avait fait une bêtise ou s'il y avait un autre souci.

Un vieux barbu, tout vêtu de rouge, me sourit et me souhaite la bienvenue. Je ne suis pas très physionomiste mais je me rappelle de l'avoir déjà vu. Soudainement, le souvenir de quelques années en arrière me revient, lorsque j'avais partagé un verre avec ce monsieur dans ma cuisine, mais je ne me souviens plus de son prénom. Par contre, ça m'avait fait du bien de parler de mes soucis, et en plus il a mis fin à la pandémie... enfin... je crois que c'était lui !

Salut, lui réponds-je en sortant deux verres de l'armoire. J'ouvre l'une des trois bouteilles de vin que j'avais préparé pour le repas de fête le 25, notre intrus (ou invité ?) soupire déjà : Bon, je n'ai pas beaucoup de temps, mais je reste un moment car ça n'a pas l'air d'aller. Qu'est-ce que tu racontes ?

Je remplis les deux verres et lui réponds : Ca devient de pire en pire. J'en ai marre de ses crises...

J'ai fait de mon max quatre ans en arrière, et la crise du Covid s'est terminée quelques mois après notre dernière rencontre. J'ai eu du job mais j'ai tenu mes promesses !

Non, pas la crise du Covid...

Oh, tu parles de ces fous à l'Est ? Ou l'autre fou ? Ecoutes-moi, j'ai essayé, mais son cerveau a été abimé par une surdose de produits chimiques utilisés dans les teintures pour cheveux. Il ne veut pas écouter, et même s'il écoute, il ne comprend rien, et il change d'avis tous les jours. Et comme je ne joue pas au golf...

Comme les deux verres se sont vidés, je verse encore un peu de vin. 

Non, je ne parle pas de ces crises.

Oh ! Je comprends ! Tu parles des difficultés des vignerons valaisans, et pourtant tu fais tout pour les soutenir...

Mais non. Les crises qui affectent mon quotidien, les crises de Nicolas, tous les jours, encore et encore.

Il vit d'excellents moments, il est content, il joue beaucoup, il chante, il progresse... mais il crise pour tout et pour rien. D'une seconde à l'autre, il passe de tout en haut à tout en bas, et tout ça pour un détail imprévisible. Et chaque crise est accompagnée de cris.

Tout en nous versant un verre de rouge, le monsieur demande si on avait essayé de lui donner des médicaments pour calmer ses esprits.

Oui, on a essayé. L'année 2025 a été marquée par des essais non fructueux. Enfin... on a surtout constaté que tous les effets secondaires sont bien listés sur la notice d'emballage, car il les a tous subis. Un premier essai pendant un mois, un autre médicament par la suite pendant trois semaines, puis un troisième. Insomnie, pollakiurie, priapisme, mydriase... j'en ai appris des termes médicaux cette année !

Le vieux en face retourne à la cuisine et cherche la deuxième bouteille prévue pour le repas de demain, la débouchonne et remplit nos verres.

Et une bonne vieille gifle pour le calmer ? A l'époque, cela marchait très bien.

Oui, mais non... je ne suis pas un violent. Il a dû se prendre deux gifles de toute sa vie, il commence à criser dès que je lève un peu ma voix parce qu'il a peur que je le tape. Et pourtant, la dernière fois qu'il s'en est pris une, ça doit dater de dix ans. Il a une mémoire d'éléphant.

Une punition, ça ne fait pas de mal ?

Ca devient pire. Il explose, il claque les portes, il tape dans les murs. Après, pendant une semaine, il répète qu'il a été puni, que c'est injuste, qu'il ne comprend pas. Nous, on table plutôt à honorer le fait si, une fois, il ne crise pas.

Donc, ça arrive ? Il ne crise pas toujours.

Ca arrive, mais ça devient de plus en plus rare. Il a treize ans, l'adolescence s'installe ce qui n'aide personne. Même aux repas, c'est la crise si le repas n'est pas prêt à 12h00 ou à 18h00. Il vaut mieux lui servir une assiette de choux cuits à midi plutôt qu'un bon plat à 12h02, juste pour éviter une énième crise. Et pourtant, il sait se servir même dans le frigo.

Du vin ?

Il n'a que treize ans, il est trop jeune.

Pas lui... tu me sers un verre ?

Je partage le fond de la bouteille entre nous et continue à raconter : 

Il range tous les pions de son Monopoly (édition Nord vaudois) dans un petit sachet en plastique qui se referme. Hélas, comme il joue souvent à ce jeu, le sachet se détériore et à finit par être percé. Prévoyant comme nous sommes, nous avons été acheter d'autres sachets. Mais cela ne lui allait pas. Au lieu de mesurer 5x5 centimètres, le sachet était légèrement allongé, style 5x8 centimètres. Trop grand. Tous les pions y trouvaient leur place, mais le sachet était trop grand. Ou il n'avait pas la bonne forme. Ou je ne sais pas quoi, mais ça n'allait pas. Nicolas est parti en cris dans sa chambre, il a tapé contre les murs pendant des heures. La journée était gâchée.

Et si tu ne lui donnes plus l'occasion de criser ?

C'est ce qu'on essaie de faire depuis toujours. On organise tout, on prévoit tout, on lui fait des plannings. Un planning mensuel, et tous les jours le déroulement détaillé du lendemain. Au moindre imprévu, c'est la fin. L'autre jour, on a été voir ses grand-mamans. Nous avons mis 11h00 sur son planning mais Nicolas a décidé qu'on arrivait à 10h30, sans nous consulter. A 10h31, a quinze kilomètres de notre destination, il a commencé à s'impatienter, à s'énerver, à tergiverser, il a failli ouvrir la porte et sauter dehors la voiture, tellement c'est devenu insupportable pour lui.

Notre invité me regarde, les yeux grands ouverts, la bouche aussi. Son verre était vide, tout comme la deuxième bouteille. Je pars chercher la troisième.

Un autre jour, nous avons pris le train. Hélas, les seules toilettes du train étaient hors service et la porte verrouillée. C'était la fin du monde, pas parce qu'il aurait dû faire pipi, juste parce qu'il voulait voir les toilettes de ce type de train parce qu'il ne les a jamais vues. Il commençait à s'énerver, à parler sans fin, à trembler puis à monter la voix. J'ai l'habitude des regards méchants des gens depuis qu'il est tout petit, mais là il devient grand et sa différence ne se voit pas forcément.

Le monsieur se sert encore un verre de vin.

Ta femme, elle ne pourrait pas le garder un peu plus pour te décharger ?

Ma femme ? La pauvre, elle le garde beaucoup plus que moi. Elle a les bonnes idées, elle sait énormément de choses sur l'autisme, elle applique tout ce qu'il faut appliquer. Sans elle, je serais déjà interné !

Bonne idée ! Vous avez pensé à l'interner, lui ?

On essaie d'éviter. De toute façon, il n'y a pas assez de place. Notre ambition est de le rendre indépendant et lui permettre de vivre une vie viable quand on sera vieux. Même si, à ce rythme, on vieillit vite ! Avec tous les cris que nous subissons, l'ouille diminue, c'est déjà un premier signe...

Il vide son verre et regarde sa montre. 

Bon. Comme il n'y a plus rien à boire, je vais te laisser. Je crois que j'ai trouvé une solution. Allez, joyeux Noël ! Ho ho ho !!!

Le monsieur sort par le jardin, une puissante lumière apparaît dehors. La commune a encore mal réglé les lampadaires ! Je les appellerai la semaine prochaine pour qu'ils règlent l'intensité.

...

...

...

Je me réveille, allongé sur le canapé, mal à la tête. Trois bouteilles vides à côté de moi par terre. Il est 6h50, Nicolas me regarde avec un air de "tu aurais pu t'en passer". Il me dit :

Rien...

Encore une fois : Il ouvre la bouche mais aucun son ne sort. Il a une extinction de voix !

Comme quoi, l'esprit de Noël, ça existe :-)

Joyeuses fêtes à vous, votre famille et vos proches !!! Et beaucoup de santé en 2026. La santé, c'est important, même si une petite extinction de voix de temps en temps peut faire du bien (aux autres).



Mise en garde : La consommation excessive d'alcool peut nuire à la santé. 

Si vous trouvez que je suis un père indigne, je vous invite à passer une semaine avec Nicolas. Il a le temps, il a les vacances scolaires. 

Si vous voulez (re)lire comment mon invité a mis fin à la crise du Covid, cliquez ici.


vendredi 18 octobre 2019

96. L'empire du papier plastifié

Quand le soleil se couche et les petits enfants dorment, ils entrent en action: Fanfan l’imprimatrice et Matt le laminateur regroupent leurs forces pour le bien de leur peuple.

L’imprimatrice recherche des images dans sa photothèque et sur Google, les assemble, crée des tableaux et des suites plus ou moins logiques. Elle imprime le tout sur son imprimante. C'est à ce moment que le laminateur entre en jeu : Il découpe le tout dans le bon format, l’emballe dans des pochettes et passe plastic par plastic dans la lamineuse.

Le résultat? Des beaux pictogrammes, des déroulements, des scénarios sociaux ou des petits classeurs qui permettent au peuple - Nicolas - de feuilleter, regarder, anticiper et se réjouir de ce qui l’attend... et surtout à éviter des crises dues aux imprévus.


Il y en a pour tous les goûts : Des petits, des grands, en couleur ou en noir et blanc. Les seules limites sont les gros doigts du laminateur qui ne permettent pas d'aller trop dans le détail, ainsi que la taille de l'imprimante. L'imprimatrice, elle, ne connaît pas de limites!

Au début, après avoir reçu une douzaine de pictogrammes du jardin éducatif spécialisé, ils ont hésité à investir dans du matériel. Est-ce que le "peuple" a vraiment besoin de ces supports visuels? Ou est-ce l’argent jeté par les fenêtres?

Les réponses étaient vite trouvées: 
- Oui, le "peuple" en a besoin. Cela lui permet de se préparer à son quotidien, moment après moment, jour après jour, mois après mois.
- Non, ce n'est pas du gaspillage d'argent. Mais n'en parlez surtout pas à Greta et sa clique, ils feraient une crise cardiaque en voyant la masse de papier et de plastic utilisé pour le "bien du peuple"...

Actuellement, les pictogrammes et photos remplissent 3 boîtes afin d'être prêt à (presque) toutes les situations. Sans parler des pictos laissés délibérément au "peuple" pour s'amuser.

Le parc matériel aussi s’est agrandi et professionnalisé. L’imprimante à jet d’encre a fait place à une laser couleur. Les pochettes en plastic sont disponibles dans de nombreux formats. Les ciseaux ont été remplacés par des coupe-papiers avec une grosse lame qui fait presque peur. Dernière acquisition, des perforatrices pour arrondir les angles... cela existe pour de vrai!

Donc, quand le soleil se couche et le "peuple" dort, les parents normaux allument la télé. L'imprimatrice et le laminateur, eux, se rappellent qu'il faut encore plastifier la photo de la nouvelle stagiaire à l'école demain, changer le planning mensuel parce qu'un rendez-vous médical s'est greffé dessus le 15 et aussi imprimer une photo de la nouvelle aire de jeux au centre commercial. 

Quand le soleil se lève et les petits enfants se réveillent, l'imprimatrice et le laminateur viennent de se coucher...

lundi 23 juillet 2018

61. Un conte de fées?

Il était un fois, dans un pays pas si loin d’ici - à Fribourg - un peuple. Ils s’appelaient les « P » parce qu’ils vivaient en paix. C’etait un peuple de professionnels, persévérants et même performants. Ils partageaient leur pain pour qu’il y en a assez pour tout le monde. Les P étaient pédagogues, professeurs, pédiatres, psychiatres ou juste parents. Ils avaient beaucoup de patience et de persévérance. Tout allait bien dans leur monde... s’il n’y avait pas les « T ».

Les « T », on les appelait aussi les « Ta », étaient souvent des théoriciens, parfois des terribles, tardant à avancer. Les Ta avaient un super pouvoir, celui d’arreter le temps et celui d’arreter tout sauf le temps. 

Les P donnaient une partie de leur pécune aux Ta, en échange ces derniers leur mettaient à disposition les infrastructures, comme les hôpitaux ou les écoles. Les Ta décidaient de tout comme dans le bon vieux temps, sans néanmoins essayer de comprendre ce qui aurait pu changer dans le pays des P. Par exemple, les Ta essayaient de remplir un home pour enfants handicapés à long terme, même s’il n’y en avait pas assez. Un, deux, trois, t’es dedans, tu ne ressortiras pas. Pourquoi laisser ces murs à moitié vides? 

Les P, très psychologues, parlaient pour essayer trouver des solutions, pour dire que la vie a changé. Les Ta se taisaient. Ils ne répondaient même plus au courriers ou courriels parce qu’ils ne voulaient pas qu’il y ait du changement. 

Les P pressaient pour avancer, les Ta tiraient au... distributeur un café. Puis ils se tiraient... en vacances. Sans les Ta, les P n’avaient même pas le droit de respirer... sauf s’ils avaient demandé une autorisation écrite auparavant.

Oui, les Ta avaient le pouvoir de décision. En contrepartie, les P pouvaient choisir l’un des leurs, en général un beau parleur polyvalent, pour conseiller et même devenir chef des Ta. Hélas, bien trop souvent, le P élu devenait un Ta par la suite, un poly-Type.

Les P avaient le choix : se taire ou changer de royaume.

- Alors, il vient ce conte de fées?
- Relisez le titre... il y a un point d’interrogation dans « Un conte de fées? » parce que ce n’en est pas un. Un conte de fées, ça se termine bien!

La suite de l’histoire ? Probablement après les vacances des Ta.

jeudi 7 septembre 2017

29. Smørrebrœd

J'attends ce jour avec impatience, il arrivera probablement en 2023 ou peut-être en 2026. Je serai avec Nicolas à la place de jeu ou dans un bistro. Nicolas me parlera comme aujourd'hui, en insistant sur chaque syllabe "Bakraka palakri reckeu". Je serai en face et j'essaierai de comprendre. Tu veux encore un jus de pomme? "Reckeu! Reu keu!!!" Tout à coup, un Monsieur à côté de nous se retournera en disant "Oh! Vous êtes danois? Moi aussi!" Ah bon???

Et c'est à ce moment que je réaliserai que Nicolas sait parler, qu'il essaie de m'expliquer son vécu et ses sentiments depuis 6 ou 9 ans, et que je n'ai rien compris parce qu'il parlait juste une autre langue. Le gentil Monsieur, Olav ou Gustav, me traduira le tout du danois, et en l'espace de quelques minutes je comprendrai énormément de choses sur le comportement de Nicolas. Il me dira pourquoi il crie souvent, pourquoi il ne peut pas passer de l'autre côté de la rue pour aller en ville, pourquoi les yaourts ne se mangent qu'avec la cuillère en plastic bleue, et pourquoi il s'assied toujours derrière à droite dans la voiture. Et du coup, en l'espace de quelques semaines, j'aurai appris le danois, et je pourrai enfin communiquer avec Nicolas.




Je dis danois parce qu'il y a beaucoup de AA et des ÖÖ dans son discours. Ça pourrait aussi être du suédois ou l'islandais. Quand j'y pense, il y a aussi pas mal de KRR et des CHCH dans ses mots... En tous cas, ce n'est pas du suisse-allemand ni le haut-valaisan, je le comprendrai! C'est peut-être du hongrois ou du bulgare?

C'est que la situation actuelle est assez frustrante. Nicolas essaie de me dire des choses, je vois dans son regard qu'il veut que je comprenne... et ce nul en face de lui ne comprend rien. Tu as faim? Il branle la tête. Tu veux sortir? Non plus. Faire un puzzle? Nicolas soupire, se lève et va chercher un pampers propre dans sa chambre. J'y étais presque...

J'ai dans ces moments un sentiment d'impuissance, et cela me dérange. C'est comme si vous devez expliquer à un mécanicien en italien ou en polonais que la voiture a un problème avec les freins. Vous regardez sur Google Translate comment cela se dit. Pas de problème jusqu'ici. Puis le mécano vous pose des questions. Vous comprenez grâce aux gestes mais comment lui dire qu'il y a un sifflement quand vous freinez à la descente mais plutôt un grincement à la montée. Et quand la voiture est froide, ça sonne plutôt comme un marteau qui tape... des finesses non négligeables pour une bonne prise en charge.

Il y a heureusement quelques moments de réussite. Quand, devant la télé ou la tablette, Nicolas me dit "Peppa Pig", "Mélodilous" ou "Barbapapa", je sais parfaitement ce qu'il veut. Hélas, la vie ne se résume pas aux dessins animés. J'aimerai bien pouvoir lui expliquer qu'il peut "être enfant" et faire des bêtises certains moments, mais qu'il faut être cool quand ce n'est pas le moment de de faire le con. "Peukrahkcha!" Comment? "Peuh kraah Kchah!" Il me regarde comme si j'étais un débile qui ne comprend rien. Je ne comprends rien! Au secours! Vite, Google Translate! Mais quelle langue dois-je sélectionner? Il y a les traductions azéri, zoulou et même yorouba. J'aurais plutôt essayé autistique, nicolasien ou même débile... Vous aurez compris, vous, que je n'ai pas trouvé la traduction.

Je continue donc à parcourir les places de jeu et parcs avec mon fils en espérant trouver Ingwarsson ou Igor qui me dévoilera ce secret de ma vie pas encore résolu...

vendredi 11 août 2017

25. Mes vacances en Italie (1)

Cette année, nous sommes partis en vacances en Italie. Je n’ai pas compris pourquoi mes parents ont absolument voulu partir ; ils savent que modifier ma routine est difficile pour moi, et comme il y avait déjà beaucoup de changements, je serai bien resté à la maison, moi ! Mais maman et papa ont parlé de changement d’air, d’aller au chaud, et comme ce sont eux qui décident…

Notre voiture était pleine à craquer. Il parait que la moitié du coffre était remplie avec des affaires à moi, pour que je retrouve mes repères et me sente à l’aise dans un lieu que je ne connais pas. C’est vrai, ils ont pris plein de belles choses et même mon nouveau satofable. Heureusement que j’ai réussi à glisser mes œufs en plastic dans un sac, ils seraient partis sans ce précieux trésor !

Le voyage était agréable. Mes frères m’ont laissé tranquille, j’ai pu regarder dehors la fenêtre tout le long et compter les voitures et les panneaux routiers. Les autres étaient contents quand au bout de de quatre heures nous nous sommes arrêtés devant une grande maison au milieu de nulle part. « Là au moins, Nicolas pourra crier et sauter sans déranger les voisins » disait papa avec un grand sourire. Moi, je ne voulais pas rester ici. Je suis resté dans la voiture encore deux bonnes heures. C’est seulement quand j’ai vu que maman avait fini de préparer le souper que je suis sorti ; je ne voulais pas la décevoir parce qu’elle avait l’air fatigué et quand même fait à manger.

La maison ici est géniale. Il y a une grande pièce en bas où j’ai étalé tous mes jouets. A côté, il y aurait de la place pour mon satofable. Mais comme ce n’est pas sa vraie place – il devrait être dans notre jardin en Suisse – je le boycotte, même si je l’adore. Dans la vie, il faut avoir des principes !

Comme j’aime l’étage du bas, j’y passe des heures. Je joue ici quand je peux. Les premiers jours, maman et papa m’ont amené mon assiette ici parce que je ne voulais pas monter pour manger. Au bout de 3 jours, ils ont déplacé la table sur mon étage, à la place qu’ils avaient prévu pour le satofable. Ils disent que comme ça, la famille mange ensemble. Je ne vois pas à quoi ça sert mais je leur fais ce plaisir.

A l’étage du milieu, il y a ma chambre. Elle est chouette, c’est comme à la maison (à part l’armoire). Tous mes copains en peluche sont venus avec moi, j’arrive donc à dormir assez bien. Sur l’étage, il y a aussi une baignoire et quelques portes mais je m’y perds encore. C’est pour ça que je ne me suis pas encore aventuré à l’étage du haut. Je pense qu’il y a un lave-vaisselle en haut parce que mes deux grands frères y vont chaque fois quand il y a de la vaisselle à laver.
La journée, les autres veulent faire des excursions, mais moi je ne veux pas. Je n’aime pas quitter mon étage du bas. Comme nous sommes au milieu de nulle part, nous partons en voiture. Ils cherchent des places de jeu pour moi, mais moi je n’aime pas les places italiennes car elles sont vieilles et dans un mauvais état. Aujourd’hui, ils ont enfin trouvé une super place ! Il y avait un dauphin sur ressort, un chameau sur ressort et un âne sur ressort. Et même un petit trampoline, cool ! Je ne comprends pas pourquoi ils m’ont forcé de partir d'ici au bout de deux heures de jeu déjà en revenant du musée (papa est resté avec moi, il transpirait au soleil, il n'y avait ni chaise ni banc).
Hier, on a été voir une énorme piscine. Mes frères m’ont dit que c’était la mer mais je n’y crois pas. Je connais maman, elle était dans la voiture et pas dans cette grande piscine. Comme il y avait du vent, j’ai refusé de sortir de la voiture. Mes hurlements ont servi ! Maman s’est installée sur une chaise pliable devant la voiture, les 3 mecs sont partis se baigner dans la piscine et moi, j’ai joué dans la voiture. Quand papa était fatigué, il est venu s’assoir sur la chaise et maman est partie se baigner avec mes frères. Moi, j’ai passé l’après-midi à jouer dans la voiture. J’adore être devant et regarder tous ces chiffres sur le tableau de bord. Quand je serai grand, je passerai le permis rien que pour pouvoir m’assoir à cette place quand la voiture roule !
Ce que j’aime ici, c’est la nourriture. On commande souvent des bonnes pizzas et on mange des glaces, mais des vraies. Mes parents disent qu'ils ne peuvent pas aller au restaurant avec moi, mais ce n'est pas vrai. Du moment que tout a l'air comme à la maison, je ne crierai pas dans les restaurants.
Pour ne pas être trop dépaysé, je me lève le matin à 6h30 et je fais du bruit jusqu'à ce que maman ou papa se lèvent pour jouer avec moi. Quand même, ce n'est pas parce qu'on est en Italie qu'il faut rester dormir jusqu'au lever du jour...
Je sens qu'il y a encore plein de choses à découvrir ici et me réjouis de vous raconter la suite de mes vacances dans quelques jours.

dimanche 16 juillet 2017

21. Game, set and match

En ce jour où King Roger jouera sa douzième finale à Wimbledon pour gagner (je l'espère) son huitième trophée au Sud-est de Londres, il est clair que c'est lui le plus grand champion de tennis et que probablement nous ne reverrons plus quelqu'un comme lui de notre vivant.

Je suis en admiration devant un homme comme lui qui arrive en plus à gérer son sport, ses enfants, les sponsors, médias etc. tout en restant modeste. Même s'il est probablement presque parfait, mon héros de la raquette, ce n'est pas lui! C'est Nicolas!!! 

Explications: En août 2016, nous avons suivi une thérapie familiale intensive durant trois semaines dans le seul centre thérapeutique pour autistes en Suisse qui focalise sur les petits et non sur les adultes. D'ailleurs, l'une des conditions pour être admis dans ce centre était que Nicolas ait moins que 4 ans. Je vous épargne les détails, mais c'était très intensif pour toute la famille. Il y a eu des bons résultats car d'un côté nous avons appris à "lire" et anticiper notre fils. De l'autre côté, Nicolas s'est enfin ouvert un petit peu et il a réalisé qu'il n'était pas seul dans son spectre.

Quand nous sommes rentrés à la maison, Nicolas a pour la première fois de sa vie réalisé que nous avions des chats et - comme nous habitons à Fribourg - des mouches. Malheureusement, il s'est avéré qu'il a une phobie des insectes, et nous avons pu voir sur sa face que cela a dû être affreux pour lui de partager la maison avec quelques mouches. C'était affreux pour nos oreilles aussi parce qu'à la longue, notre ouille ne supporte pas cent décibels.

Nous avons essayé de fermer les fenêtres, utiliser des sprays, poser des diffuseurs de citronnelle, suspendre des bandes collantes... rien à faire, impossible de se débarrasser des mouches. Comment faire en habitant Fribourg (réputé pour ses vaches forcément accompagnées de mouches) avec Nicolas qui passe son temps dehors?

Le problème s'est réglé au bout de deux mois quand les mois froids sont venus et les insectes disparus. Ouf! De toute façon, il aura oublié sa peur d'ici le printemps...

Tu parles! Sa mouchophobie s'est intensifiée de manière exponentielle avec l'arrivée des températures plus clémentes en 2017. Le quotidien est devenu (encore plus) ingérable! Nous en avons parlé en séance de réseau avec tous les thérapeutes, personne - même pas les grands calibres - n'a su porter conseil. On ne peut pas interdire à une mouche d'exister... surtout pas à Fribourg. Point final!

J'en ai parlé lors du Skype mensuel avec notre post-thérapeute de la thérapie intensive, il s'appelle aussi Nicolas! Il nous a donné une idée : Pourquoi ne pas transformer son ennemi juré, sa pire crainte, en compagnon de jeu? Quoi??? Jouer avec une mouche??? Autant que cela paraît abstrait, autant ça a marché...

Nous avons donc acheté une tapette à mouches à Nicolas et l'avons accrochée à une hauteur où elle lui est accessible. Après un peu d'entraînement, il a compris le système. Dès qu'un insecte volant apparaît, Nicolas s'en donne à cœur joie : Coup droit, revers croisé, smash! Trente zéro... encore un coup droit puis un retour gagnant, et c'est un à zéro pour Nicolas. La tapette reste au repos jusqu'à la prochaine mouche. 




Je me contente de mon rôle de ramasseur de balles... enfin de mouches. Et je couvre la partie journalistique par ce blog.

"New balls, please!" L'approvisionnement se fait automatiquement. Notre fiston prend sa raquette et se met au jeu. Quelle technique! Il ferait des jaloux parmi les stars du circuit! En plus, Nicolas ne se fait pas éliminer au premier ou deuxième tour, lui. Il tient le coup jusqu'à dimanche quand se jouent les finales. Pour recommencer le lundi.

Nicolas, tu es et tu restes mon héros!



mardi 16 mai 2017

15. Le chevalier des dragons verts

Permettez-moi de me présenter : Je suis Sire Nicolas, le jeune chevalier avec la noble mission de protéger les dragons verts !

Les dragons verts sont une espèce très rare. En avez-vous déjà vu? Non? Voici la preuve que ce que j'ai dit est juste... d'où l'importance de ma mission !

Mon champ d'action, ce sont les différentes places de jeu de Fribourg. J'ai beaucoup de travail pour couvrir tous les lieux, je dois m'y rendre tous les jours, même deux ou trois fois par jour les fins de semaine.

Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige, j'exécute mon devoir avec beaucoup d'engagement. A la maison, ils ont de la peine à comprendre (surtout lorsqu'il faut mettre des gants et un bonnet pour sortir). Si personne ne réagit à la maison, je commence à courir dans les couloirs et à sauter sur les canapés, jusqu'à ce que mon fidèle serviteur (il s'appelle papa) se décide de m'amener aux lieux que je me suis approprié.


Mon serviteur et taximan dit qu'il s'agit de dinosaures ou d'hippocampes, mais il n'en a aucune idée. Ce sont des dragons verts que je protège ! Voici la preuve :



Quand j'arrive sur un lieu d'action, je cours directement vers le dragon et m'y installe. C'est dûr de devoir rester une heure sur mon dragon alors qu'il y a plein de balançoires, toboggans et structures de grimpe autour de moi. Mais j'ai appris à résister aux appels des autres jouets afin de poursuivre ma mission.

Mon travail consiste à m'assoir sur les dragons pour qu'il n'y ait pas d'autres enfants qui montent dessus. Ca m'arrive de me balancer un peu pour tester si le dragon est toujours en bonne santé.

Souvent, d'autres enfants s'approchent de mon dragon. Je fais semblant de ne pas les voir. En général, ils s'en vont au bout de quelques secondes sans que j'ai dû utiliser mon arme secrète.

Mon arme secrète ? Ce sont mes cordes vocales. Sans aucun préavis, j'arrive à émettre un cri strident qui fait fuir chaque intrus. Les enfants qui voulaient s'approcher de mon dragon partent vite et ne reviennent pas, même si papa s'excuse et sort quelques explications "aux tristes" ou "otite", ce qui n'est pas vrai parce que je n'ai pas mal aux oreilles. Décidément, mon papa ne comprends rien. Ce qui compte, c'est que mon but soit atteint : j'ai protégé le dragon des autres enfants.

Des fois, quand il n'y a pas d'autres enfants aux alentours, je me permets de m'éloigner de quelques mètres afin de faire en vitesse un tour de toboggan. Mais je vous rassure, dès que l'ombre d'un autre enfant s'approche à moins de dix ou quinze pas, je reprends rapidement mon poste.

Quand il y a du vent, les dragons doivent avoir froid parce qu'ils tremblent sans que je les touche. J'essaie alors de les immobiliser avec mon arme secrète. Malheureusement, je n'ai pas encore trouvé la bonne fréquence de cris pour les arrêter, mais je suis sûr qu'avec quelques décibels de plus, j'arriverai à neutraliser le vent.

Je m'occupe bien de mes dragons. Quand papa me donne une pompote ou un petit chocolat, je partage avec eux. Ils sont bien nourris, ils refusent même de manger mes douceurs. Pour ne pas fâcher mon fidèle serviteur, je me sacrifie pour les manger. Je suis un chevalier et me comporte ainsi !

Depuis mon poste, j'observe toute la place de jeu. Je suis les chevalier des dragons verts ! Je suis fier de pouvoir assurer cette noble tâche, les dragons verts me le rendront un jour. Ce sont mes meilleurs amis.

La vie est belle quand on est dans son monde et que personne ne vous sort de là...




vendredi 7 avril 2017

11. Yaourt au thon

Avez-vous déjà goûté les yaourts au thon? Vous aimez les cannellonis au nutella? Le tout complété avec une bonne cuiller de mayonnaise? Je vous rassure: c'est dégueulasse! Non, il ne s'agit pas d'un nouveau plat concocté par Philippe Etchebest, ce n'est pas non plus une nouvelle ligne alimentaire de Nestlé. C'est du Nicolas!

Nicolas, quand il aime, il mange. On a beau lui dresser son assiette à compartiments avec ce qui serait bon pour lui (vitamines, protéines, calcium etcétéra). Quand il voit que quelqu'un a autre chose dans l'assiette qui est susceptible d'être bon, Nicolas veut déguster.

Nous aussi on déguste. A force de voir ses mélanges, ça nous coupe l'appétit. 

Comme nous sommes des parents qui ne gaspillent pas la nourriture, et comme nos grands ont eu passablement d'allergies alimentaires puis encore plus de rejets imaginaires (donc psychologiques) d'aliments sains ou verts, notre table est toujours bien remplie. En général, nous cuisinons tous les jours (Francine est un cordon bleu, moi aussi j'adore cuisiner), nous avons toujours des plats frais sur la table. De plus, nous y trouvons des féculants datant de quelques jours, quelques légumes d'hier, des restes de la grillade de midi, et bien sûr comme chaque bon Valaisan un frigo rempli de fromages et viande séchée (fait maison). Puis il y a bien sûr des sauces: dans la casserole, dans des pots et dans des tubes. Heureusement que notre table est grande, heureusement que Francine a amené une grande collection de tupperware dans le ménage 15 ans en arrière (elle a dû me cacher d'être membre "platine" chez eux...). 

Les grands visionnent ce qu'il y a dans la casserole et le four pour se créer leur menu au "buffet" de restes, le tout réchauffé aux micro-ondes. Souvent, c'est pates-fromage pour l'un et pates-viande pour l'autre, accompagné d'une sorte de légumes imposée. Maman et papa mangent en fonction de la péremption des surplus d'aliments. Oui, nous sommes trop gentils, mais c'est une habitude qui s'est créée avec le temps. Et les deux grands ne sont ni trop maigres ni trop gros et en bonne santé physique, donc on laisse passer.


Nicolas quant à lui reçoit son assiette à compartiments remplie de nourriture fraîchement cuisinée. Hmmm! Tu parles... il fait le tour de table et nous montre ce qu'il veut en plus - ce qu'il y a dans les assiettes des autres. Nous complétons son assiette, il déguste chaque compartiment... avant d'affiner le tout à sa façon. Un pot de sauce tomate? Sur les petits pois. Il rajoute de la mayonnaise un peu partout (c'est sa phase mayo depuis quelques semaines), du pesto sur le poulet coupé en petits cubes. Si par malheur il y a du Nutella sur la table... et oui... Miam! En général, il vide son assiette, non sans se lever 25 fois et tourner autour de la table! Une "experte" nous a suggéré de l'attacher sur sa chaise, on n'y est pas encore.

Une fois l'assiette vidée, c'est l'heure du dessert! Un petit yaourt framboise qu'il cherche lui-même dans le frigo. Oh! il reste du thon! Un nouveau mélange! Est-ce si étrange? Les asiatiques mettent bien des oignons et des ananas dans leur riz!

Nous avons essayé de le structurer, d'interdire... en vain. Ses poumons à 120 décibels sont plus forts que nos nerfs! Et bien évidemment, nous sommes contents parce que Nicolas, lui, il mange. Il commence même à avoir un petit bidon... Au moins, sa phase "je ne touche pas d'aliments humides" est terminée, finie aussi la période de ne manger que des trucs colorés et ronds (principalement petits poids et smarties)!

Pour ma part, je me réjouis de regarder en 2035 la 28e saison de Top Chef sur M6 avec la participation du jeune cuisinier Nicolas lequel, par sa vision révolutionnaire de mélanger les ingrédients, laissera les grands chefs bouches bées. Il arrivera en finale! La production par contre devra diffuser (encore) plus de publicité pour remplir le créneau horaire - le grand Nicolas ne donnera pas d'interviews! Ça restera son secret où il va chercher son inspiration!


samedi 18 février 2017

7. Alarme

Chaque premier mercredi en février, la Confédération Suisse teste son système d'alerte nationale. A 13h30 précises, les sirènes installées sur les toits à travers tout le pays sont enclenchées pour vérifier le fonctionnement si jamais il y aurait une alarme générale ou si un barrage serait en train de céder sous le poids de l'eau. Afin de ne pas déclencher une panique générale, une campagne de communication est lancée pour avertir la population des tests de sirènes à venir. Cette année, les pros du marketing se sont donnés à coeur joie! Je vous laisse découvrir le clip:




J'ai adoré ce spot! D'un côté parce que j'aime cet humour. De l'autre côté, cette mélodie me rappelle tellement Nicolas! Pourquoi frapper le pauvre mouton? Ils auraient pu prendre Nicolas! Il suffit de déplacer une de ses peluches qui squattent notre canapé... uhuhuhuhuhuhuhuh! Prendre le trottoir d'en face plutôt que celui qu'on a l'habitude: uhuhuhuhuhuhuhuhuhuh! Ou simplement changer l'ordre des pictogrammes sur son planning de la journée: uhuhuhuhuhuhuhuhuh!!! 

Ce qui change, c'est que notre "alarme" ne s'allume pas qu'une seule fois par année, et que chaque situation demande une réaction rapide - au risque de percer les tympans. Plus de risque d'abîmer mes nerfs - je n'en ai plus! Contrairement au clip, notre sirène ne s'éteint pas au bout de 40 secondes non plus!

En ville aussi, ses cris stridents font leur effet. Malgré l'habitude, ce qui reste très difficile à supporter, c'est le regard des gens si Nicolas enclanche sa "sirène". Je lis leur mépris dans les yeux, style "encore un papa qui ne sait pas éduquer son enfant" ou "un gamin trop gâté" ou "il aurait fallu les stériliser avant qu'ils fassent des bébés". Il y a aussi des gens qui osent dire en face ce qu'ils pensent, mais là au moins j'ai la chance de leur dire POURQUOI il hurle, PARCE QUE il est différent. Le sommet du blues, c'est quand ils te répondent "Oui oui, c'est la bonne excuse!"

Pour développer un peu le sujet, je crains que toute notre famille périra le jour où une vraie alarme générale sera lancée. Nous croirons que c'est une pièce de puzzle à Nicolas qui s'est retournée ou un smarties qui n'est pas parfaitement rond. Dans l'épuisement, nous ne réagirons plus à la quinzième sirène quotidienne de Nicolas et finirons noyés sous l'eau... 

Heureusement que nous habitons sur une colline, qu'il n'y a pas de grands barrages à Fribourg et que les barrages suisses sont plus solides qu'aux Etats-Unis! J'aurai encore le temps de voir les progrès à Nicolas!