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vendredi 20 septembre 2019

94. Interview avec un professionnel



Blog: Bonjour Monsieur...
Professionnel: Je n’ai pas l’habitude des formalités. Appelez-moi Pierre.

Bonjour Pierre. Que faites-vous dans la vie?
J'ai un métier formidable. Je m'occupe d'un garçon qui a des troubles du spectre autistique. Je l'accompagne dans son quotidien.


Vous le soignez?
Non, l'autisme ne se soigne pas. Je me rends avec lui à l'école ou en thérapie, à la place de jeu ou au magasin. Comme il me connaît bien, ma présence le rassure et le calme.


J'imagine que vous ne faites pas du 8-17 heures?
Non, loin de là! Ce job demande de la présence en quasi-permanence. Même si le travail intensif ne remplit qu'une petite partie de la journée, il faut être prêt au travail très rapidement. Dès que le garçon se met en crise, je dois aller vers lui pour le calmer.

Vous devez donc habiter pas trop loin de la famille pour être disponible rapidement?
J'habite chez la famille. Ils me mettent à disposition une pièce dans leur appartement.

Vous gagnez bien votre vie?
L'argent n'est pas important pour moi. Je suis nourri-logé, j'ai des amis, le travail me plaît... j'ai tout ce qu'il me faut! De plus, je passe beaucoup de temps avec la maman du petit. Je l'adore, je crois même que j'en suis un peu amoureux... mais gardez ceci pour vous!

Comment avez-vous choisi ce métier?
On peut dire que c'est une histoire de famille. Mes grands-parents étaient très sociables, mes parents aussi. Cela s'est transmis à mes frères et soeurs, et à moi aussi. Nous avons tous choisi un métier dans le social, dans les homes ou avec des personnes malvoyantes.

Quelles qualités faut-il avoir dans votre métier?
Tout d'abord, il faut vouloir le faire. Donc beaucoup de volonté et de disponibilité. Et il faut de la rigueur et une bonne condition physique. Une bonne vue et aucun trouble de l'ouïe complètent le profil.

Vous avez dû suivre une formation?
Oui, j'ai suivi une formation à Bâle qui dure environ 8 mois. A la fin, j'ai dû passer un examen. Maintenant, je tiens mon certificat fédéral en poche.

Vous êtes donc accompagnateur pour autiste?
Notre métier est apparu assez récemment en Suisse, et nous ne sommes qu'une petite cinquantaine à l'exercer dans ce pays, dont trois ou quatre en Suisse romande. Et pourtant, il y aurait la demande...

Si la demande existe et si c'est un beau métier, pourquoi n'y a-t-il pas plus de personnes qui se forment?
Le problème est qu'il n'y a pas assez de places de formation. Seul 5-6 personnes peuvent se former à la fois. Ils veulent doubler les capacités mais le projet tarde à se concrétiser. Les raisons sont connues, j'espère que cela se règle bientôt.

Avez-vous quelque chose à rajouter?
Oui... en fait, je ne m'appelle pas Pierre. Je m'appelle Winny, je suis un chien d'accompagnement pour autistes. Relisez donc cette interview encore une fois, en connaissance de cause.

samedi 29 décembre 2018

75. Ciao ciao 2018!

Une fois Noël passé, la période de l'année commence où les gens regrettent ne pas avoir tenu leurs résolutions de l'année passée. La clope au bec, ils s'aperçoivent que les cinq kilos en trop sont toujours là, les semelles des chaussures de sport ne sont pas encore usées, et tel et tel ami n'a pas encore été appelé. 

Pas chez moi! Non, je n'ai pas commencé à fumer. Je n'ai pas maigri non plus, je ne fais pas de sport... mais je ne prends plus de résolutions. Depuis quelques années, je vis au mode survie au jour le jour. Avec mon épouse, nous entamons un projet après l'autre, quand Nicolas nous laisse souffler! Et quand l'administration ne nous met pas de bâtons dans les roues.

2018 était une année compliquée. Pour plusieurs raisons:

2018, année combative
Nous nous sommes battus pour intégrer Nicolas partiellement à l'école "normale" comme cela se fait presque partout en Suisse. C'était un combat de huit mois avec les différents services scolaires et nous étions même en communication directe avec le conseiller d'état en charge de l'instruction publique. Tout ceci pour ne pas savoir le jour de la rentrée si Nicolas pourra aller à l'école! On se croirait dans le bush...
Quand enfin nous avons reçu la confirmation, nous étions si vidés que nous n'avons même pas pu nous en réjouir! 
Cerise (pourrie) sur le gâteau, ils nous ont fait comprendre que c'était une exception et que l'année prochaine, nous n'obtiendrons plus cette intégration partielle. Dans le canton de Fribourg, on dirait qu'ils préfèrent séparer les gens différents des personnes "normales".

2018, encore un diagnostic
En 2015, le diagnostic TSA (troubles du spectre de l'autisme) de Nicolas était presqu'un soulagement. Nous avons pu mettre un nom sur le comportement de notre fils.
En 2016, un deuxième TSA, type Asperger, chez l'ainé nous expliquait beaucoup de choses, mais nous aurions pu nous en passer
En 2018, nous avons eu très peur quand Nicolas, soudain, ne tenait plus sur ses jambes! Urgences, médecin spécialiste deux jours plus tard, IRM et radios dans la semaine. La doctoresse nous a parlé de cancer avant d'effectuer des examens approfondis. 
Puis une attente bien trop longue parce que la doctoresse n'était pas là plusieurs jours pour nous transmettre les résultats des tests...
Cette fois-ci, trois autres lettres nous frappent en pleine figure. AJI - arthrite juvénile idiopathique. Une maladie auto-immune, le corps qui s'auto-détruit...
En attendant la confirmation du diagnostic par le CHUV (les rapports de la première doctoresse et les images ont mis deux mois pour arriver à Lausanne), nous avons pris nos mesures, adapté notre style de vie, notre alimentation.
La suite des évènements reste ouverte. Prochain rendez-vous à Lausanne le 8 janvier.

2018, l'année du chien
Dans l'astrologie chinoise, l'année du chien a commencé le 16 février 2018 et se terminera le 19 février 2019. Notre année du chien a commencé en novembre 2017 et se terminera dans environ dix ans.
Comprenez-moi bien, notre chien guide Winny est adorable et fait du super travail. Nicolas a fait des super progrès grâce à Winny, et les déplacements ou les changements de situations deviennent moins pénibles grâce au chien.
C'est un chien attachant et un chien attaché. Très attaché à nous!
Mais un chien demande du travail et du temps... beaucoup de temps! Quand votre quotidien est déjà plein, c'est difficile de caser encore trois heures supplémentaire dans un jour.
Les promenades en forêt ne sont pas des promenades de plaisir parce qu'un labrador est attiré par les odeurs, par exemple celles des excréments humains. Et ils les bouffent quand on n'est pas attentif. 
En parallèle, la fondation propriétaire nous suit de près parce que Winny a pris deux kilos depuis qu'il habite chez nous. Ils disent qu'il est trop gros et qu'il doit maigrir. La véto dit qu'il est parfait. Winny s'en fout. Il bouffe ce qu'il trouve. Et puis mmmm...ince!
Nous assumons. Tous les jours, qu'il pleuve qu'il vente. Même quand nous avons la grippe, même quand Nicolas ne veut pas aller promener avec le chien et nous fait une crise. On promènera le chien à 21 heures quand Nicolas dort. Le chien prime, nous passons derrière. Parce que Winny fait désormais partie de la famille, et parce qu'un chien heureux travaille mieux.

2018, l'année de la décision
Après en avoir discuté longuement (le soir, après que Nicolas et le chien se sont couchés), nous avons pris la décision de déménager. Quand ça ne va pas dans ton environnement, il faut changer... l'environnement! 
Le canton de Fribourg ne permettra pas à notre fils de suivre une scolarité, nous changeons donc de canton. Notre maison est en vente, la rentrée scolaire 2019 se fera aux alentours de Lausanne. On s'approche de nos thérapeutes et du CHUV.
On s'approchera aussi du bon sens, Nicolas pourra aller à l'école suivre un cursus normal avec une aide à l'intégration.
On laissera encore de l'énergie et du fric pour la transaction et le déménagement. On en économisera en diminuant les trajets.

Ciao ciao 2018, je ne te regretterai pas.
Bienvenue à 2019! S'il te plaît, sois clémente avec nous.

lundi 5 novembre 2018

71. Un jour presque comme les autres

Le 5 novembre est un jour spécial pour nous. C'est l'anniversaire à Nicolas. Il a six ans aujourd’hui! 

Pour Nicolas, c'est un jour presque comme les autres. Pas de fête, pas de gâteau, pas de "joyeux anniversaire"! Pas parce que nous lui cachons sa fête, pas parce qu’il est modeste... c’est juste qu’il ne supporte pas tout changement de la routine. Il monte direct les tours et crie "Non! pas chanter!" ou "j'veux pas le gâteau!"

Et pourtant, il n'a pas peur des bougies, il aime quand on lui chante des chansons, il adore le gâteau... A croire que la combinaison entre les trois éléments le dérange.

Il y a un an, le jour des ses cinq ans, Nicolas a commencé à parler. Nous avons reçu Winny, notre chien guide, le 4 novembre 2017. Même pas 24 heures plus tard, Nicolas a adressé ses premières phrases au chien. Nous avons eu le même privilège environ deux semaines plus tard que Winny.

Aujourd'hui, nous savons que Nicolas ne supporte pas qu'on apporte, en chantant, un gâteau avec des bougies à table. Il a pu nous le dire, et nous pouvons respecter son désir. Les années précédentes, nous voulions surtout ne pas le priver de sa fête. Chaque année, ce fut la crise! Chaque année, nous avons essayé de deviner pourquoi il pourrait bien hurler "sans raison". 

Cette année, nous avons donc préparé le terrain:
- Alors Nicolas, cette année, pas de gâteau d'anniversaire? 
- Non, j'veux pas!
- Pas de chanson non plus?
- Non, pas chanter "Joyeux anniversaire"!
- Pas de bougie avec le six?
- Non, pas de bougies.
- Alors pas de cadeaux non plus?
- Ah si, les cadeaux, je veux quand même!

Heureusement qu'il a su nous l'expliquer... :-)

Bon anniversaire, mon grand garçon! Et plein de santé pour cette nouvelle année de vie!!!

jeudi 13 septembre 2018

66. Rencontre des chiens d‘accompagnement pour autiste

Samedi passé a eu lieu la rencontre annuelle des familles qui vivent avec un chien d’accompagnement pour autiste. Il y en a une trentaine en activité en Suisse, dont notre Winny.

Winny a eu la possibilité de renifler d’autres chiens dans un lieu très familier. Pour nous, c’était l’occasion de retourner à l’école des chiens à Allschwil près de Bâle, pour voir les formateurs et les bébés labradors. Pour moi en plus - je n’arrive pas à m’en abstenir - c'était l'occasion d'observer les autres enfants atteints d’autisme.

Quand on a un enfant neurotypique*, on peut comparer tous les jours avec les autres enfants du quartier, les grands cousins, les enfants de collègues etc.
Quand on a un enfant autiste, on a beaucoup de doutes, et l'occasion de comparer à des paires est plus rare.

Je sais bien qu’il ne faut pas comparer parce que chaque enfant et chaque autiste est différent. Je le fais quand même lors de ce genre de sorties avec l'assocation Autisme Suisse, au cabinet de pédopsychiatrie ou tout simplement là où nous rencontrons des autistes. J’imagine Nicolas à dix ans comme tel enfant, à douze ans comme celui-ci, à quinze ans... C’est plus fort que moi.


Nous sommes arrivés à l'école des chiens avant l'heure fixée afin d'éviter à Nicolas de devoir entrer dans un grand groupe de personnes avec beaucoup de bruit. Nous avons vu arriver  les familles avec leur enfants et leur chien d’accompagnement. Première surprise: Personne n’a mis le harnais de travail au chien. Certes, on était entre nous dans un lieu qu'on connaissait. 
Les chiens ont tous passé les trois premiers mois de leur vie ici, et ils y ont effectué leur formation de huit mois. 
Les parents et enfants ont également tous passé par ce bâtiment à de nombreuses reprises pour les tests, les formalités puis la prise en charge du labrador.

Prochaine surprise: la quasi-totalité des enfants avec autisme se tenaient à la laisse du chien lequel était dirigé par un parent. Nicolas ne fait jamais ceci! Soit il suit Winny quand celui-ci porte son bleu de travail, soit Nicolas marche à quelques mètres de Winny, chacun son chemin. Ils font les deux la distinction entre travail et loisirs.

Comme partout, nous avons rencontré des parents très attentionnés, et d'autres qui ont profité pour poser leur chien et leur gamin dès qu'ils le pouvaient. C'est pratique quand il y a une personne pour garder les chiens et un clown pour distraire les enfants... mais je les comprends, un enfant différent demande énormément de travail.

Nous avons aussi rencontré des enfants de six à quinze ans. Quelques uns m'ont tendu la main en arrivant, tout en tournant la tête quand ils m'ont dit bonjour. On leur a appris qu'on dit bonjour en arrivant même quand on ne connait pas la personne. Trop chou!

J'ai rapidement pu identifier certains autistes à leur état d'être général, leur regard, leur comportement. D'autres, je ne me suis aperçu qu'au troisième ou quatrième contact que c'était eux l'autiste de la famille! Des sacrés gamins qui donnent de l'espoir!

Je ne veux ni juger ou comparer. J'ai juste besoin de me rassurer quant à l'avenir de Nicolas et son développement. Mon impression était qu'il y avait une corrélation entre les parents et leur enfant autiste: Plus les parents donnaient de l'attention à leur enfant pendant cette sortie, moins on remarquait la différence de l'enfant par rapport aux neurotypiques*. En d'autres termes: les autistes perceptibles au premier regard étaient souvent ceux dont les parents se sont assis pour boire des verres sans trop s'occuper du gamin.

J'ai donc beaucoup d'espoir pour l'avenir de Nicolas!

La suite de notre après-midi: Nicolas a tenu une bonne heure avant de vouloir partir à la maison. Il a dit au revoir aux autres ("Au revoir aux autres") en faisant un signe de la main puis nous a attendu patiemment dans la voiture du temps que nous disions au revoir aux autres.

Bilan de la journée: On pourrait voir les côtés négatifs. Nous avons fait plus de quatre heures de route pour rester une heure sur place. Nous n'avons que très peu pu discuter avec d'autres parents parce que nous sommes partis quand d'autres sont arrivés (ce n'est pas facile de se déplacer pour une heure fixe quand on a un enfant différent).

Je vois le côté positif, outre les quelques rencontres faites: Une année en arrière, Nicolas n'aurait pas tenu plus d'un quart d'heure lors d'une sortie pareille! L'année prochaine, on restera deux heures, et dans trois ans ils devront nous chasser quand il fait nuit...





*neurotypique: les personnes qui ne sont pas atteintes d'autisme

samedi 28 avril 2018

54. Aspirateur admirateur

- Votre aspirateur nettoie-t-il le sol sans que vous ayez à l'actionner? Le nôtre aussi. Il suffit qu'une miette de pain tombe par terre, et slurp... plus de saleté!
- Le vôtre fonctionne quasiment sans bruit? Oui oui, nous aussi.
- Pas de sac de poussière? Non, nous non plus. Et il passe même la serpillère quand il y avait de la nourriture par terre...
- Commande par Wifi? Ca non. Mais nous avons mis un GPS pour le retrouver au cas où...
- C'est un Dyson dernier modèle? Ah non, le nôtre a 3 ans. Et c'est un labrador. Il s'appelle Winny!

Et oui, après 6 mois passés dans notre maison, il est grand temps que je vous parle à nouveau de notre chien d'accompagnement pour autiste - toujours le seul et unique de ce genre en Suisse romande.

Vous avez raison, ce n'est pas gentil de traiter Winny d'aspirateur. C'est pourtant vrai! Tout ce qui est plus ou moins comestible finit dans son estomac. On a beau le nourrir tout en respectant son poids de travail (28,5 kilos), il trouvera toute nourriture tombée par terre en quelques secondes. Durant les promenades, même s'il vient de manger, Winny "aspire" tout ce qui traine. Et si nous ne sommes pas très attentifs, il lèchera la poubelle du voisin et avalera des excréments d'un autre chien non ramassés par son maître.


Winny est un bon chien, il est très gentil! Son défaut, c'est qu'il est dirigé par son nez et son estomac. Je ne m'attendais pas à devoir faire le flic tout le temps. Les "deux-trois mois d’adaptation au début" promis initialement par l'école des chiens guides ont été prolongés à "six mois difficiles" puis, en voyant que l'amélioration n'était pas celle espérée, en "il faut s'accrocher la première année". Et les "deux heures par jour pour s'en occuper" peuvent facilement être doublées, ça correspondra mieux à la réalité.

On s'est accroché, et il s'est attaché. La mayonnaise a pris. Le chien fugueur a finalement créé un lien très serré avec sa nouvelle maîtresse - ma femme. Il l'admire, il n'a des yeux que pour elle... Je n'arrive pas à faire Winny venir avec moi quand Francine est là!

Le résultat est plus que satisfaisant, même bien. Le chien obéit, il fait tout pour plaire quand Francine est là. Et moi dans tout ça? Pour Winny, je ne suis qu'un promeneur, ramasseur de crottes et donneur de croquettes. Mais je ne suis pas jaloux du rôle à ma femme.


Ensemble, nous continuons à faire tout ce qui est dans nos possibilités pour que Winny se sente bien. Parce qu'un chien qui se sent bien travaille bien. Winny est devenu très important pour gérer les déplacements avec Nicolas. Fini son stress lors des changements de lieu, plus de crises lors des situations imprévues si Winny est avec Nicolas. Nicolas a trouvé un complice de jeu qu'il n'a jamais réussi à trouver auprès d'un être humain. Nicolas a commencé à parler (au chien) le lendemain de son arrivée chez nous! Nicolas a découvert le côté tactile en caressant Winny, ce qu'il n'a jamais réussi à faire avant avec nos chats.

Nicolas a donc trouvé un copain en Winny, Winny veut plaire à Francine, et Francine est contente que Nicolas gère mieux les situations spéciales. C'est du win-win-win avec Winny.


En fait, depuis deux semaines, Winny me considère quand même un peu différemment. Par moments, il ne me lâche plus d'une semelle. Il me suit partout comme un... chien! Et oui, la saison des grillades a commencé! Et comme je suis le Grillmaster, Winny a trouvé un nouveau maître...


vendredi 17 novembre 2017

37. Acclimatisation

Bonjour! Aujourd’hui, je souhaite vous parler de mon... Comment? 
Oui, notre chien est arrivé. 
Oui, il est génial. 
Oui, Nicolas l’a déjà adopté, et l’inverse aussi. 
Oui, le chien est beau. Et intelligent. 
Non, il ne lave pas la vaisselle.
Oui, il faut adapter le rythme.
...

En deux semaines, j’ai eu droit à beaucoup de questions quant à notre nouvel animal domestique. Je suis content si les gens demandent comment ça va. Les collègues, des connaissances, les gens dans la rue et même la famille, tout le monde veut tout savoir sur le chien. J’ai eu plus de questions sur Winny en quinze jours que sur Nicolas en une année... Je consacre donc cette publication à notre nouvelle vie avec Winny. 

Rassurez-vous, je ne changerai pas le nom du blog de « Nicolas, autiste » en « Winny, chien d’accompagnement pour autiste ». Pour moi, Nicolas reste et restera au centre!

Je suis très content d’avoir pu accueillir Winny chez nous. C’est impressionnant comme Nicolas à changé en quelques jours! Au bout de deux jours avec Winny, Nicolas a commencé à prononcer des phrases!!! « Non, touche pas à mes jouets ! » et « Laisse ça, c’est à moi! » sont deux phrases types. Les labradors sont très joueurs, et Winny est particulièrement joueur. Et Nicolas aligne ses jouets sur la table basse du salon, juste à la bonne hauteur pour que Winny puisse les renifler.

Nicolas pousse donc loin Winny qui reste, lui, stoïque. Du coup, Nicolas arrive à toucher une matière différente - le poil d’un chien. Il a ainsi appris qu’il n’y a rien de grave de toucher cette texture. Régulièrement, il va vers Winny et lui fait un câlin. Trop chou!

Les thérapeutes aussi s’intéressent à cet outil thérapeutique! Comment ça fonctionne, comment on le prépare, comment le diriger? Winny est le seul chien d’accompagnement pour autiste « diplômé » en Suisse romande, cela réveille des curiosités! Ce que j’aime en eux c’est qu’ils voient le tandem - en fait c’est un trio : maman, chien et autiste - comme moyen thérapeutique. Le chien tout seul ne sert à rien!

Toutes ces bonnes choses ont bien sûr un prix. Winny reste un chien même quand il ne travaille pas. Il faut du temps en plus pour les soins, une grande promenade (au moins 90 minutes) par jour, les pipis chaque 3-4 heures sauf la nuit. Francine doit caser ceci dans sa journée déjà trop chargée, j’essaie de l’aider au mieux quand je ne suis pas au travail. Je me lève donc à cinq heures pour ses besoins et me couche crevé vers vingt-deux heures après ses besoins. Fini les soirées NCIS ou Scorpion... Par contre, je prends de l’air et ai augmenté ma moyenne de pas quotidiens de vingt-sept pour cent! Mon dos me remercie!

Les premières semaines, nous sommes de plus suivis par l'école des chiens-guides à la maison afin de peaufiner ce que Francine a appris en une semaine à Bâle, et pour appliquer les nouvelles connaissances sur le terrain - notre terrain. C’est bien d’avoir ce genre de soutien mais ça demande encore plus de temps. De plus, ils exigent que nous changons des routines justement PARCE QUE nous avons le chien. Il nous sert à gérer les situations imprévues, pour cela il faut casser les routines. Ils ont raison, mais cela demande de l’énergie en plus... et des protège-ouille pour supporter les cris à Nicolas!!!

Est-ce que nous gardons le chien malgré tous les efforts à faire? Quelle question...

OUI !!!

D’ailleurs, sa médaille est gravée de son nom : Winny Antille ! Je vous le jure, on l’a reçue comme ça, nous n’avons rien fait. On ne peut donc plus s’en débarrasser !



jeudi 2 novembre 2017

35. Winny

Comme annoncé dans mon dernier blog: Notre famille s'agrandit!

Non, nous n'aurons pas un quatrième enfant (c'est déjà mon rôle...). Nous avons trois garçons, deux chats, et dès samedi nous allons accueillir un labrador : Winny.




Nous sommes donc tous très excités. Nicolas garde un air indifférent. Les autistes ont de la peine à exprimer leurs sentiments. Il comprend ce qui se passe en ce moment. Maman est partie à l'école des chiens pour une semaine de formation, papa essaie de jongler entre le travail et les enfants. 

Mais pourquoi cette excitation? Parce que Winny n'est pas "que" un chien, c'est un chien d'accompagnement pour autistes. Winny est né à l'élevage de l'école de chiens d'aveugles réputée d'Allschwil, près de Bâle. Durant sa jeune vie (il a deux ans maintenant), il a été dressé pour apprendre à accompagner un enfant autiste.

Winny sera toujours guidé par un adulte à l'extérieur, en principe Francine, plus tard aussi moi. Nicolas sera relié au harnais par une ceinture et suivra (on l'espère) le chien. Il aura aussi une poignée qui lui donne l’impression de guider le chien. Il sera concentré sur "son" chien et plus sur le moindre détail qui l'entoure et qui le dérange dans ses promenades. Du coup, on pourra de nouveau aller faire les courses avec Nicolas. S'arrêter à la poste acheter des timbres ou chez le boucher commander un tartare. Ou directement en manger un au restaurant. Nous pourrons enfin nous promener où nous avons envie, et pas là où Nicolas nous force d'aller avec ses crises. Ceci n'était plus possible depuis que Nicolas n'est plus en poussette.

Nicolas aura donc sa tâche, s'occuper de "son" chien pendant la promenade. Il prendra une nouvelle responsabilité. D'autres enfants autistes ont commencé à s'ouvrir quelques mois après avoir reçu un chien, à développer le sens des responsabilités. Et encore d'autres ont commencé à parler grâce au chien... en parlant au chien!

Avant l’arrivée du chien, nous avons dû acheter une plus grande voiture, y installer une cage, aménager l'appartement pour que Winny ait de la place. Nous avons aussi dû cacher les gamelles des chats dans les armoires de cuisine et y installer une chatière, les labradors étant très gourmands. Et - beurk - idem pour la caisse des chats qui a dû être intégrée dans un meuble dans la salle de bain, il parait que les labradors mangent même les excréments de chats :-(

Oui, les premiers mois seront difficiles. Nous en sommes conscients! Accueillir un chien comme un labrador, cela demande de l'engagement à toute la famille. Accueillir un chien d’accompagnement pour autiste, cela demande encore plus d’investissement qu’un chien normal. Il est chien et chien: chien d’accompagnement quand il travaille, et en plus chien normal qui a besoin de sortir, jouer, d’être lavé etc. 

Il paraît que les premiers mois, c'est presque comme avoir un autre bébé parce qu'il faut s'en occuper tout le temps. 

Nous avons parlé de notre projet à plein de gens autour de nous. Nous recevons trois sortes de réactions:
- Beaucoup de gens se réjouissent pour nous ou nous ont souhaité bonne chance. Merci à eux!
- Il y a aussi des personnes plus sceptiques: "Tu es sûr de vouloir prendre un chien, tu n'as trois pas assez de soucis avec tes enfants?" Ils n’ont pas tort! Je leur réponds juste que si nous prenons un chien, ce n’est pas pour nous mais pour Nicolas. Et quand on aime (son enfant), on ne compte pas (les efforts).
- Il y a malheureusement aussi les personnes qui n'ont toujours pas compris ce que nous vivons: "Quoi, un chien? Tu ne pourras plus partir en vacances quand tu veux!" Si je prenais le temps de leur répondre, je leur dirais que je ne pars plus en vacances et ne fais plus ce que je veux depuis que Nicolas est né! Mais je ne mettrai plus d’energie dans ce genre d’explications.

Est-ce que j'en ai l'air malheureux? Au contraire...

Wouaf wouaf!*



*Un chien d'accompagnement pour autiste coûte environ cent mille francs, principalement la formation reçue. La fondation les met gratuitement à disposition des familles qui ont un enfant autiste de moins de dix ans. Si vous voulez soutenir la fondation, vous trouvez plus d'informations et surtout leurs coordonnées bancaires sur leur site