Vous vous rappelez de l’un des grands sujets cet été : La Suisse n’a pas gagné la Coupe du monde du football. Par contre, lors des Jeux
Olympiques d’hiver 2026 à Milan-Cortina, les Suisses ont remporté plus de vingt
médailles. On a tendance à l’oublier avec cette chaleur.
J’aime bien l’esprit de récompenser les meilleurs athlètes
des sports de niches, des disciplines qu’on ne voit que chaque 4 ans à la télé,
et pour lesquels une médaille doit signifier bien plus que pour des vedettes
qui gagnent des montants exorbitants durant toute leur carrière. Plusieurs
Suissesses et Suisses ont également gagné des médailles aux récents
Championnats d’Europe d’Athlétisme, bravo à eux !
Il y en a qui courent toute une vie pour gagner deux dixièmes... et une médaille.
D’autres courent pour survivre au quotidien.
Si aucun Suisse n’a gagné un Prix Nobel en 2025 (ni le
tout-puissant clown orange d’ailleurs), un Suisse a décidé de créer quelque
chose de nouveau : le prix de la paix de la FIFA. Celui-ci a été décerné à celui qui se prend pour le tout-puissant. La boucle est bouclée.
J’ai donc décidé de créer moi aussi un nouveau prix, et de
le donner à une personne qui, tout en restant à l’ombre, se bat tous les jours
pour sa propre survie. Personne ne prend note du travail effectué – ni de la
quantité ni de la qualité de ce dernier.
image créée par ChatGPT
Laudatio :
Rentrée scolaire 2026. Pour Nicolas, il s’agit dorénavant
d’aller à l’école secondaire, au cycle d’orientation, après avoir pu enchaîner 4
années dans la même école avec plus ou moins le même personnel pédagogique qui
l’accompagnait. Changer d’école, cela signifie un nouveau centre scolaire, bien
plus grand, avec un fonctionnement bien différent. C’est surtout plein de
nouveaux profs qui ont l’habitude de ne plus s’adresser à des enfants mais à
des jeunes adolescents.
Les adolescents… à 13 ans et demi, Nicolas ne fait
désormais plus partie des grands parmi les petits à l’école, mais des petits
parmi les grands.
Nicolas appréhendait cette rentrée, bien plus que les
précédentes. Il savait depuis des années que ce moment allait arriver, mais
cette fois-ci la rentrée allait être particulièrement compliquée.
Je vais utiliser dans mon message une métaphore, celle des Jeux
Olympiques. Avec, dans le rôle du sportif d’élite, Nicolas.
Comme chaque grand
sportif qui veut gagner des médailles, un enfant avec un trouble du spectre de
l’autisme doit préparer une rentrée dans un nouveau centre scolaire comme une
grande épreuve sportive.
On ne devient pas sportif d’élite en deux mois. Nicolas vit
avec son TSA depuis 13 ans et demi. Nous en avons connaissance formelle depuis
11 ans. Nous l’entrainons donc depuis plus de dix ans à vivre avec sa
différence. Si l’entraîneur en chef (sa maman) n’a pas changé, les méthodes
d’entrainement sont devenues plus sophistiquées, plus poussées, plus modernes
avec les années.
Pour participer aux Jeux Olympiques 2026 et
non pas aux Paralympiques, la décision a été prise (ou imposée par l’état) l’hiver dernier. Avec
un peu d’insistance de son staff, une séance de préparation a pu être organisée
avec une délégation de l’ancien et nouveau centre scolaire en mars. Toujours
grâce à son staff, Nicolas a pu participer à un stage d’entraînement d’une
demi-journée en mai.
Nicolas, pour être en forme, doit connaître à l’avance
l’organisation. Sachant qu’il suit une scolarité allégée (environ 50%), il se
posait les questions suivantes : QUAND irais-je à l’école ? QUELLES
branches ? OÙ passerai-je mes récrés ? QUI enseignera ? QUEL
bâtiment, quel étage, quelle classe ? Mais aussi : COMMENT irais-je à
l’école ? OÙ maman parquera la voiture ? En connaissance de cause, et seulement s'il connaît les détails, notre athlète sera capable de performer.
Attention : en ce qui concerne le « QUI », le
nom ne suffit pas. Notre sportif d’élite veut tout connaître de la personne et
ne manquera pas de lui poser des questions… mais il lui faut au moins une photo
pour pouvoir se préparer, et cette photo l’accompagnera toute l’année scolaire
sur les plannings et en pictogrammes. La secrétaire et graphiste de son staff a
obtenu, avec plus ou moins d’insistance, les photos de toutes les personnes de
son entourage scolaire, les a introduites dans les plannings, a fait des
pictogrammes qui seront utilisés pendant toute l’année.
La même préparation détaillée est aussi nécessaire pour le "QUOI", le "COMMENT", le "OÙ" et tout le reste. Merci à son staff d’avoir établi les plannings dans les délais.
Dans l’idéal, pour pouvoir se préparer mentalement, le
planning des compétitions auxquelles il participe est connu bien à l’avance,
avant les grandes vacances.
Dans la réalité, les informations officieuses (je ne dévoilerai pas ici nos sources) nous sont parvenues quelques jours avant la rentrée. Une confirmation officielle a été envoyée après 2 jours d’école. Imaginez l’athlète apprendre mercredi que sa course avait lieu la veille… Heureusement que sont staff a une secrétaire personnelle compétente et polyvalente qui a su mettre le programme sur papier avant le premier jour d’école.
Puis, il y a les changements et les imprévus. Le parking
pour déposer Nicolas est inaccessible les deux premiers jours. Un prof sera
présent la première semaine mais pas les deux suivantes. Les ordinateurs ne
sont pas prêts, donc pas de cours informatique la première semaine. Petite
sortie à l’extérieur le premier vendredi. Tout semble être prévu pour éviter
qu’il prenne une routine trop vite. Pour notre sportif, c’est comme si la
première manche du slalom aura lieu sur la piste habituelle alors que la
deuxième manche sera un Super G qui se déroulera dans une autre station… pour
finir la course sur un vélo. La coach mentale de son staff a su préparer
Nicolas pour qu’il soit capable dès le premier jour d’aller à l’école.
Pour compliquer le tout, il faut ajouter le suivi médical en
parallèle. Non, Nicolas n’est pas dopé ! Nous essayons (toujours et encore)
quelles molécules pourraient canaliser son trouble d’attention, et surtout
quels médicaments sont supportés par Nicolas sans provoquer trop d’effets
secondaires. Il est en effet compliqué de se lever le matin si tel et tel
médicament l’empêche de dormir jusqu’à minuit. Après de longs échanges avec un
médecin, l’infirmière de son staff médical a donc procédé à un changement complet
des pastilles, gélules et pilules à absorber par notre jeune sportif.
La première semaine d’école est derrière nous. Nicolas a
tenu le choc comme on peut l’attendre d’un sportif d’élite.
Est-ce qu’il a gagné une médaille ? Je ne sais pas. De
toute façon, aux JO, l’important est de participer.
A qui sera donc décerné le prix spécial, créé spécialement pour cette occasion.
Roulement de tambours...
Dans la réalité, les informations officieuses (je ne dévoilerai pas ici nos sources) nous sont parvenues quelques jours avant la rentrée. Une confirmation officielle a été envoyée après 2 jours d’école. Imaginez l’athlète apprendre mercredi que sa course avait lieu la veille… Heureusement que sont staff a une secrétaire personnelle compétente et polyvalente qui a su mettre le programme sur papier avant le premier jour d’école.
Roulement de tambours...
Il mérite définitivement le deuxième prix.
Toute l'équipe est en fait une seule personne, qui en plus de composer la totalité du staff, a une vie privée et professionnelle à côté. Il s'agit de sa
maman !
Bravo Francine, tu mérites toutes les médailles du monde,
toutes les coupes, tous les prix que quelqu’un pourrait obtenir. Si
Nicolas mérite qu’on le félicite pour la première semaine, en espérant qu’il
passera tout aussi bien le premier mois, la première année, TOUT le mérite te
revient, Francine, car sans ton travail, ton engagement, tes insistances, ton
énergie, ton amour pour notre fils, Nicolas n’aurait même pas été capable
d’aller un seul jour à l’école.