Depuis quelques mois, nous avons instauré une nouvelle routine. Les jours de congé comme les vacances ou durant les week-ends, nous jouons à un jeu de société à 15h00. Avoir ce moment fixe consacré au jeu dans nos plannings journaliers présente de nombreux avantages :
1) 15h00 permet à Nicolas de se reposer après le repas de midi.
En effet, même à la maison, il se suradapte énormément et a besoin de ses moments calmes dans sa chambre, loin de tout stimuli, au calme et dans le noir.
2) Il apprend à se réjouir. Il se réjouit en préparant le plateau de jeu un quart d'heure avant, mais il se réjouit surtout quand il gagne.
3) Il apprend aussi à perdre.
Personnellement, je suis convaincu que le monde irait mieux aujourd'hui si quelques dirigeants avaient appris de perdre de temps en temps quand ils étaient jeunes... Avec cette conviction profonde, je ne laisse pas forcément Nicolas gagner.
4) Nicolas apprend à se concentrer sur des plus longs moments.
Si, un an en arrière, il arrivait à tenir trente minutes avant de perdre ses moyens à cause de la fatigue due à la concentration, il tient aujourd'hui sans aucun problème une heure et demie avant d'être hors service. Bravo !
5) Nous jouons ensemble.
6) Nous jouons un vrai jeu.
Oui, un vrai jeu, parce que le matin, en se levant, il joue tout seul, des longs moments, avec deux de ses Playmobils (il y a un "s" au pluriel ?). Tous les matins, la Playmobile (il y a un "e" au féminin ?) Christelle, responsable de la patinoire, tient la grappe au Playmobil Obélix (oui, Obélix le Gaulois, ça existe en figurines de cette marque). Ils parlent pendant de longs moments, des dialogues pas très profonds mais qui résument assez bien le vécu des dernières journées de notre fils.
Si vous suivez ce blog, vous vous rappelez peut-être que Nicolas est fan du Monopoly. D'abord en version Peppa Pig puis en "vrai" Monopoly, il est aujourd'hui l'heureux propriétaire de 5 Monopoly, et j'estime qu'il a joué entre 200 et 300 parties de ce grand classique.
Avec un nombre croissant de parties jouées, l'intérêt du Monopoly a baissé. C'est drôle de posséder Zurich Paradeplatz et Lausanne Saint-François... mais lorsque cela arrive la quinzième fois, le plaisir n'est pas le même. Nicolas a donc naturellement commencé à chercher d'autres alternatives.
Après quelques essais infructueux, nous avons trouvé le jeu de l'échelle. Il se marre quand ses adversaires descendent le toboggan pour recommencer sur la case 1, par contre ce n'est pas rigolo quand cela lui arrive. Néanmoins, c'est un jeu qui se termine en moins d'un quart d'heure, tout comme le Uno ou d'autres jeux de cartes. Mais il fallait un jeu qui se joue sur au moins une heure.
Pour renforcer son envie de jouer un "jeu de grands", nous avons cherché dans ses intérêts spécifiques. Comme il adore les trains, nous lui avons donc acheté "Les aventures du rail". Mouais... bof ! Les règles sont compliquées, le jeu n'est pas très intuitif, et il n'y a qu'une seule gare suisse sur le plateau de jeu. Nicolas a néanmoins joué une bonne quinzaine de parties, mais il préfère jouer avec les wagons de train que de construire des lignes.
Un matin, lorsque Obélix était en train de raconter sa journée à Christelle, je me suis rappelé que j'ai un jeu d'échecs Astérix qui traine à la cave ou au galetas. Lorsque j'avais 20 ans, je me suis permis cette folie parce que j'ai été un fan de BD. Avec les déménagements puis les enfants, cette pépite a passé 25 ans dans un carton et est partie aux oubliettes avant que je l'installe sur notre table de cuisine.
Les Gaulois, amenés par le chef du village Abraracourcix et sa femme Bonnemine, affrontent les romains sous les ordres de Jules César et Cléopâtre. Astérix et Obélix, assis sur un sanglier, représentent les cavaliers gaulois. Ce sont des belles pièces en étain, Obélix à lui seul pèse plus de 100 grammes. Qui est gros ?
En voyant les figurines, Nicolas a tout de suite voulu apprendre à jouer aux échecs. C’est facile ! Les pions avancent d'une case sauf au début, s'ils veulent ils peuvent avancer de deux, mais ils mangent en diagonale. Les fous peuvent avancer ou reculer en diagonale, les tours en ligne droite, les cavaliers se déplacent en L (deux droit puis un perpendiculaire). Quant à la dame, elle est plus libre mais - contrairement aux cavaliers - ne peut pas traverser les autres. Quant au roi, c'est le plus important mais il ne peut bouger que d'une case. J'ai pour l'instant évité de parler du grand roc... Tout est donc clair ?
Pas vraiment ! Nicolas focalise sur chaque mot utilisé, et il analyse en détail chaque figurine.
- Papa, tu dis que celui-là est un fou mais il n'en a pas l'air.
- Obélix n'est pas un cavalier parce qu'il n'est pas sur un cheval mais sur un sanglier. On ne fait pas du cheval sur un sanglier.
- Celui-ci ressemble à Einstein (c'est Assurancetourix).
- J'aime bien ce pion. Je vais l'appeler Jean-Bernard car il a la tête d'un Jean-Bernard.
- Celui-là (Agecanonix) est vieux, tu n'as pas le droit de le manger.
- César n'était pas un roi mais un empereur.
Ca aurait été mieux d'avoir un jeu normal, avec des pions qui sont identiques et qui ne portent pas une lance dans leurs mains. Mais je fais avec les moyens du bord.
Au bout de quelques parties jouées, il a bien intégré les règles. Durant les premières parties, Nicolas s'est contenté de promener son roi dans l'attaque adverse pour voir du monde. Cette stratégie amène forcément des défaites. J'ai ensuite essayé de lui expliquer des ouvertures simples, de parler du système de points qui explique la valeur de chaque pièce (1 point pour le pion, 3 pour les cavaliers et les fous, 5 pour les tours et 9 pour la dame) mais il s'en fout. Nicolas préfère perdre la dame que son pote Obélix.
Puis, j'ai commencé à lui suggérer des coups, à lui expliquer la raison de mes mouvements. Il est très réceptif durant le premier quart d'heure, un peu moins par la suite, plus du tout quand il fatigue. Il prend alors la tour (la maison d'Assurancetourix dans les arbres), analyse les détails (tu as vu, il y a une cheminée) puis la repose n'importe où sur le plateau de jeu. La triche ? Non, un baisse de capacités parce que la fatigue prend le dessus.
Son niveau de jeu progresse. Au bout d'une quinzaine de parties, il a failli obtenir son premier match nul sans que je lui suggère les mouvements. Si ça se trouve, lorsque vous lirez ces lignes, il aura gagné ses premières parties.
Le prochain pas sera de lui montrer des tutos sur internet car mes connaissances modestes des échecs sont gentiment épuisés.
Enfant autiste ou neuro-typique, je pense que chaque père est fier des progrès de son enfant. Je suis content qu'il apprenne à jouer à de nouveaux jeux, quelque chose qui lui fait plaisir, et qu'en plus il pourra faire lorsqu'il sera adulte.
Je constate que son cerveau fonctionne, il fonctionne même très bien. C'est un petit pied de nez à ceux qui, dix ans en arrière, ont voulu nous faire comprendre que Nicolas n'aura pas sa place avec les autres. Un geste qui ne sert à rien... sauf à me faire du bien. Ils sont échecs... et mat !


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